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Et si le non bonheur était la norme?

Objectif emploi | 0 réactions | Feb 26, 2019 par Christine Thioux

Plaidoyer pour moins d'exigence de soi

Un ami à l’esprit cartésien m’a posé, un jour, cette improbable question : « Et toi, sur une échelle de 1 à 100, à combien de pourcent es-tu heureuse ? »

Mon chiffre donné, spontanément élevé, fut aussitôt regretté car totalement dénué de sens. Plus encore, il trahissait ma hantise d’un aveu d’une valeur inférieure à l’image reflétée.. ou pire, d’une valeur inférieure à la sienne !

Mais quelle est donc cette stupide réponse ? Et surtout, quelle était cette stupide question, au juste ?!

Et si le non-bonheur était la norme.   Par non-bonheur, je n’entends pas  le « malheur », loin de moi tout discours misérabiliste, dépressif ou pessimiste…  je pense simplement à un état neutre, sans émotion excessive, ni en bien, ni en mal.  Cela changerait largement notre perspective..

Car qui n’est pas confronté aujourd’hui à cet engouement pour le bonheur, la recherche effrénée de cet état de bien-être complet, absolu, .. que nous « méritons bien » ou que nous « devrions » ressentir, au vu de nos vies de nantis (à l’échelle du monde).

Aurions-nous encore le droit de nous affirmer « non-heureux », sans immédiatement être affublés de regards interrogateurs, voire accusateurs ?  Répondre par la négative c’est reconnaître la culpabilité ambiante à s’avouer non-heureux, soutenue par l’hypocrisie générale d’un entourage très élargi vivant le « bonheur illusoire », particulièrement exacerbée sur les réseaux sociaux.

Et si le bonheur n’était que parenthèse inattendue, non recherchée, une « exception lumineuse* » faite de moments exquis plus ou moins longs parsemés de plaisirs et de joie..  des apaisements momentanés dont on apprécierait d’autant plus l’existence car constamment bousculés de lourdes et fréquentes noirceurs.

La vie nous offre souffrance, frustrations, injustices… plus que paix et sérénité. Sentiments d’impuissance, colère, peur ou tristesse…  sont nos compagnons de vie tout aussi nobles que la joie. 

Je ne me suis jamais sentie aussi libre que le jour où j’ai appris à ne plus avoir peur d’avoir peur !

Je ne me suis jamais sentie aussi libre que le jour où j’ai su que je ne serai jamais sereine !

Le bonheur, dans ce cas, comme corolaire de la liberté n’engage, bien entendu, que moi.

Apprivoiser la panoplie de sentiments négatifs que nous ressentons, c’est accepter la vie telle qu’elle est, dans sa réalité lumineuse et aussi très sombre, en toute humilité.

Cessons enfin de tomber dans les pièges d’un marketing ravageur nous promettant la chimère du bonheur dans toutes les sphères de nos vies en 10 tours de cuillères à pot…

Je l’affirme, je ne suis pas particulièrement heureuse,  mais suis vivante !

Sans quête du bonheur aucune, nous nous laisserions peut-être plus surprendre par la douceur de vivre, le miracle de respirer, la joie d’aider et de partager, d’être connectés aux autres, d’aimer encore et d’aimer toujours …

Et si nous nous laissions être « non-heureux » afin de savourer davantage les temps éphémères et sacrés où le bonheur est pleinement présent et intensifie nos vies.

*« Au lieu de considérer le mal comme une rupture scandaleuse d’un ordre universel dominé par le bien, peut-être devrions-nous inverser la perspective. Et voir le bien comme une exception lumineuse dans un monde où règne le mal ». Jean-D’Ormesson : « Guide des égarés », p.52.

 

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